Katryne 🦉 - Saint-Armel - Ces pierres ont une histoire

Et ce sont les hommes qui font l'histoire ...

En 1084 Sylvestre de la Guerche, évêque de Rennes, est fait Seigneur de Bruz par Geffroy, comte de Rennes. Le manoir, appelé Hostel Saint-Armel, devient la résidence de campagne des évêques de Rennes jusqu'à la Révolution. Les évêques de Rennes seront donc les vassaux du comte, puis du duc de Bretagne, et enfin du roi de France. En 1790, Saint-Armel, devenu manoir, et ses dépendances sont déclarés biens nationaux et mis aux enchères. Le jurisconsulte Charles Toullier emporte l'adjudication et va marquer le domaine de son empreinte, lui le premier propriétaire séculier, après sept siècles de présence ecclésiastique
Après le décès en 1835 de Charles Toullier, le manoir sera racheté par Auguste Eugène Bérard (qui fut président du Tribunal de Commerce de Rennes) et son épouse Marie Alexandrine Péan. Lorsque celle-ci décède en juin 1934, leur fille puinée, épouse du Docteur Patay, hérite du manoir. Ils en étaient encore propriétaires en 1944.
En 1999, le manoir est acheté par un entrepreneur pour y installer sa société d'ingénierie. Il va engager des travaux d'aménagement considérables et bientôt près de 50 personnes travailleront dans ces bureaux. C'est de ces années-là que datent le chauffage central, la rénovation de la plomberie et des sanitaires, du réseau électrique et des câblages internet, de la réfection des toitures (on changea 20.000 ardoises !), du crépi sur les façades Nord et Ouest ...
De 2003 à 2023, le Manoir était propriété d'un membre de notre famille qui y habitait. Sa femme et lui y avaient installé leurs bureaux. Le manoir n'est plus dans notre famille, un promoteur l'a divisé en une quinzaine d'appartements.

Repères historiques

  • 1084 - Sylvestre de la Guerche, évêque de Rennes, est fait Seigneur de Bruz par Geffroy, comte de Rennes.
  • 1329 - construction de la chapelle Saint-Armel
  • XVe siècle - l'évêque Anselme de Chantemerle reconstruit le manoir, refait en pierre le pont de Saint-Armel, édifie la chapelle Notre-Dame-du-Bout-du Pont (sur la rive sud de la Seiche)
  • Fin XVIe siècle - reconstruction du manoir
  • XVIIe siècle - remaniement
  • 1791 - le jurisconsulte Toullier acquiert le Manoir déclaré bien national et y rédige son Manuel de droit civil
  • 1975 - inscription Monuments Historiques
  • 2000 - rénovation aux normes actuelles

► Site du Manoir de Saint-Armel

La Légende de Saint Armel

Missionnaire gallois, Saint Armel travailla à l'évangélisation de l'Armorique au VIème siècle. Persécuté, il se réfugia quelque temps à Paris mais revint en Bretagne, où il mourut vers 570 dans la paroisse qui prendra ensuite son nom : Ploërmel.
La Saint Armel se fête le 16 août. Ses reliques sont vénérées à St Armel, près de Rennes.
On dit qu'au VIe siècle un dragon, surnommé " la guivre ", ravageait les bords de la Seiche aux environs de Bruz. A la prière des habitants, l'ermite Saint Armel se rendit au repaire de l'animal et lui ordonna de le suivre, après lui avoir jeté son étole sur le cou. Il le conduisit ensuite sur une roche escarpée, le transperça de sa lance et le jeta dans la rivière à l'endroit appelé, depuis, Pont de Saint-Armel.


Cette histoire est représentée de nos jours sur un vitrail de l'église de Marcillé-Robert,ainsi que sur un vitrail de la chapelle Saint Alexis, à Noyal-sur-Vilaine.
Source : Doyenné de Cesson-Sévigné

Sylvestre de la Guerche

Le grand-père de Sylvestre de la Guerche, Thibaud ou Theobaldus, désigné évêque de Rennes par une charte du Mont-Saint-Michel, est le fondateur d'une véritable lignée épiscopale : deux de ses fils et deux de ses petits-fils allaient lui succéder sur le siège de Rennes ! C'est à cette époque que le pape Grégoire VII lance précisément une grande réforme visant à purifier les mœurs du clergé : il décrète en 1074 que seuls peuvent être ordonnés ceux qui ont d'abord vœu de célibat. C'est une époque de confusion et de conflits.
Sylvestre de la Guerche, un seigneur guerrier,  avait été marié et avait deux fils, Guillaume et Geoffroy. Après la mort de sa femme, il est élu évêque de Rennes en 1076, mais destitué deux ans plus tard, au motif qu'il n'avait pas été ordonné au préalable. Il est très vite rétabli sur le siège de Rennes et devient un partisan actif de la réforme grégorienne.
C'est au début de l'année 1084 que le comte de Rennes Geoffroy le Batard cède à Sylvestre de la Guerche, évêque de Rennes son droit de haute justice, notamment dans la paroisse de Bruz. Sylvestre meurt en 1096. On suppose que le premier manoir, appelé alors Hôtel Saint-Armel fut édifié pendant son ministère. Sylvestre est en tout état de cause le premier seigneur historiquement connu du Manoir de Saint-Armel.
Source : Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne dédié à la nation bretonne, par M. Ogée, 1780

Jehan de la Lande

La chapelle Saint-Armel, fort ancienne, était l'oratoire privé des évêques de Rennes, dont le manoir en Bruz s'appelait au XIVe siècle l'hôtel Saint-Armel.
En 1329, un paroissien de Bruz, nommé Jehan de la Lande, donna à l'Église de Rennes et à la chapelle du manoir épiscopal de Saint-Armel de Bruz les fiefs qu'il tenait en Bruz sous la mouvance de l'évêque et le droit de pêche lui appartenant dans la Seiche entre les moulins de Carcé et de Saint-Armel. Le manoir des évéques de Rennes existe encore en Bruz, mais on ne voit plus dans la cour d'entrée que l'emplacement de son ancienne chapelle.
Source : Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, par Amédée Guillotin de Corson, Publié en 1883, numérisé par Google à l'université du Michigan

Anselme de Chantemerle

Anselme de Chantemerle, noble venu de Picardie  est évêque de Rennes de 1389 à 1427. C'est un constructeur prolifique qui marque son ministère de travaux architecturaux prestigieux.
A Bruz, il reconstruit le manoir Saint-Armel, résidence d'été des évêques de Rennes, refait en pierre le pont de bois de Saint-Armel, qui enjambe la Seiche aux portes du manoir.
Et juste de l'autre côté de la rivière, il édifie la chapelle Notre-Dame-du-bout-du-Pont, qui sera en ruine au milieu du XVIIIe siècle. Cette chapelle fut fondée de plusieurs messes par semaine tant par les évêques de Rennes que par les seigneurs de Carcé. Dès 1721 Notre-Dame du Bout-du-Pont devint "hors d'estat de pouvoir estre desservie".

Yves Mahyeuc

Yves Mahyeuc est confesseur d'Anne de Bretagne, de Charles VIII puis de Louis XII, il avait accompagné la duchesse Anne lors de son voyage en Bretagne en 1505, avant d'être nommé évêque de Rennes par le pape Jules II le 29 janvier 1507.
En 1532 il accueille le dauphin François de France à l'occasion de son entrée dans la ville de Rennes et le couronne duc de Bretagne en sa cathédrale sous le nom de François III.
Son procès en béatification était bien avancé, mais a été interrompu par la Révolution. En 2007, lors des célébrations du 500e anniversaire de sa nomination à l’évêché, on a annoncé qu'on venait d'en retrouver le dossier. Il apparaît que Yves Mahyeuc faisait preuve de générosité, d'abnégation, et d'une forte énergie réformatrice à destination du clergé. Il avait organisé dans son manoir des ateliers destinés à former de jeunes gens à des métiers d'artisans. Un centre d'apprentissage gratuit au XVIe siècle!
Sa mission de confesseur auprès d'Anne de Bretagne et de deux rois de France lui a conféré également un rôle politique avéré.
Et pourtant il aurait eu en fait la réputation d'avoir peu de goût pour la chose politique et pour les honneurs. Selon la tradition, il venait souvent se retirer au calme du manoir épiscopal de Saint-Armel et restait enfermé dans une cellule d'esprit monastique où il aimait à méditer. Cette cellule de 4,60m sur 1,40m est aujourd'hui bien identifiée, au centre de l'aile Ouest du Manoir, au 1er étage. C'est là où il meurt le 20 septembre 1541.
Cette contradiction apparente entre cette hyperactivité séculière, politique et cette aspiration à une vie contemplative a pu faire dire à des chercheurs (lors d'une conférence de 2007) qu'il pouvait y avoir eu deux Yves Mahyeuc, contemporains, peut-être l'oncle et le neveu, l'un ayant été confesseur de la Duchesse Anne et de ses deux maris rois de France. L'autre ayant été évêque de Rennes.


Yves Mahyeuc, un évêque réformateur   

Tout au long de son histoire, l’Église a connu des époques où la prise de conscience d’un nécessaire retour à la vigueur évangélique se faisait plus vive. C’est le cas de la grande Réforme qui suit le Concile de Trente (1545 – 1563). Mais à chaque siècle, des hommes et des femmes ont voulu être des témoins déterminés du Christ et ont cherché à partager leurs convictions.
C’est le cas d’Yves Mahyeuc qui au début du XVIe siècle annonce déjà le grand mouvement des XVIIe et XVIIIe siècles. Né à Plouvorn en 1462 (diocèse de Léon), il entre dans l’ordre dominicain et est envoyé au couvent de Bonne Nouvelle de Rennes (appelé aujourd’hui couvent des Jacobins, au nord-ouest de la place Sainte-Anne). Confesseur apprécié d’Anne de Bretagne, il accepte, malgré ses résistances, la charge d’évêque de Rennes en 1507.
Devenu évêque, il reste fidèle à sa vocation religieuse, aime se retirer dans la solitude dans son manoir de Bruz ou dans une cellule du couvent de Bonne-Nouvelle.
Convaincu que la vitalité du peuple chrétien dépend de la qualité des pasteurs, il s’attache à réformer les ordres monastiques, demande aux prêtres de résider dans leurs paroisses et de s’attacher à la formation de la foi de leurs fidèles par la prédication et le témoignage d’une vie évangélique.
Lui-même donne l’exemple. Alors que la Bretagne connaissait un réel développement économique, des pauvres restaient à l’écart de l’accroissement des richesses. Yves Mahyeuc s’emploie à trouver du travail pour les jeunes et aide concrètement les malheureux. Lors d’une épidémie de peste, il resta à Rennes pour soigner lui-même les malades.
A sa mort, le 20 septembre 1541, à Bruz, il est considéré comme un saint par les chrétiens de son diocèse. Ses funérailles sont une illustration de la ferveur qu’il suscitait. En 1638, les États de Bretagne demandèrent au Pape « d’invoquer publiquement ce saint personnage ». Son procès de béatification s’arrête à la Révolution. Les actes de ce procès viennent d’être retrouvés. Ils illustrent ce que fut la force de foi d’Yves Mahyeuc que le pape Jean-Paul II, à Auray, qualifia de « bienheureux ».
Source : site du Diocèse de Rennes (version archivée de 2007)

Au temps de la Révolution

En 1789, l'évêque de Rennes a affermé son domaine de Bruz à deux procureurs, Thibodeau et Gandon de la Mettrie. Ils sont ainsi les fermiers de l'évêché pour sa terre et seigneurie de Bruz, c'est-à-dire le manoir épiscopal, la métairie, les bois et les jardins qui y sont joints, les droits de pêche, bateau, péages et coutumes sur la Seiche et la Vilaine, les dîmes de Bruz, Chartres, Châtillon-sur-Seiche et Laillé et les moulins de Châtillon, le tout pour 8 060 livres.
Sources : A. Rébillon, La situation économique du clergé à la veille de la Révolution dans les districts de Rennes, Fougères et Vitré, Paris-Rennes, 1913, 780 pages

Philippe Jarnoux , Les bourgeois et la terre, Éditeur : Presses universitaires de Rennes, 1996, Publication sur OpenEdition Books : 20 mars 2015, ISBN : 9782868471956, ISBN électronique : 9782753526280, 412 pages
En 1791, Le manoir de Saint-Armel et ses dépendances sont déclarés biens nationaux et mis aux enchères. Le jurisconsulte Charles Toullier emporte l'adjudication. Le procès-verbal de vente du 21 février 1791, pour la somme de 28.200 Livres, portait sur "l'ancien Manoir épiscopal situé dans la paroisse de Bruz, consistant en maison, chapelle et édifices, cour, jardin et douves, l'emplacement de l'ancien vivier, actuellement comblé, avec le très ancien bâtiment pris dessus etc". 
Sources : Archives d'Ille-et-Vilaine Série 305 N°1, rapporté par Paul Parfourou dans son article de 1895

Le jurisconsulte Charles Toullier

Le jurisconsulte Charles Toullier va marquer le domaine de son empreinte, lui le premier propriétaire séculier, après sept siècles de présence ecclésiastique. 
Charles Toullier (1752-1835) étudie le droit à l'université de Rennes, où il obtient son doctorat en 1776, puis complète sa formation à Cambridge et Oxford. Il devient professeur de droit à la faculté de Rennes, jusqu'à la Révolution dont il accueille favorablement les grands principes de 1789. Il sera tour à tour avocat et juge, puis revient à l'enseignement sous Napoléon et la Restauration. Il est surtout réputé pour ses ouvrages de droit civil, sur le code Napoléon, qu'il publiera de 1811 à 1818.
Ces manuels, il les aura écrits à Saint-Armel dont il aimait le séjour, : « C’était là que, s’enveloppant de silence et d’études, il retrempait son génie dans la contemplation de cette forte nature, et que, s’imprégnant peut-être de la teinte des lieux, il donnait à son style cette originalité, cette sève, cette couleur, quelquefois même cette âpreté qui le distinguent. » (selon M. Paulmier, dans son éloge de Toullier) Charles Toullier avait installé son cabinet de travail dans la chambre au 1er étage du pavillon Sud. Pour bénéficier de la vue sur la campagne quand il était assis à sa table, il avait fait dresser une estrade que l'on y voyait encore en 1999.

Entre 1791 et 1835, Charles Toullier va profondément remanier le manoir. Nous disposons de plusieurs éléments de comparaison pour lui attribuer ces modifications : une description détaillée du manoir en 1761 ainsi que le plan cadastral de 1812.
L'inventaire de 1761 donnait à penser que la chapelle et plusieurs bâtiments de service étaient en très mauvais état. On ne les trouve plus sur le cadastre de 1812.
La chapelle est supposée avoir été démolie en 1791, il est probable que Charles Toullier ait fait abattre les autres constructions à la même époque. Il s'agissait d'une troisième aile, au Sud, parallèle à l'aile Nord, et de la prolongation vers l'Est de l'aile Nord, au delà du pont de pierre. A disparu à cette époque une grande salle construite au-dessus du porche d'entrée, que Toullier a fait remplacer par le porche actuel. Suivait, un bûcher et une serre, ainsi qu'une galerie couverte qui joignait le manoir et la chapelle. L'aile Sud était reliée par un mur de clôture aux remises aux trois voûtes du bout de l'aile Ouest. Puis venaient des écuries surmontées d'un grenier à foin, un porche couvert pour accéder à la Seiche, une étable et une porcherie. Le premier étage de l'étable et de la porcherie logeait le jardinier et d'autres domestiques. Une murette surmontée d'une balustrade en bois joignait la porcherie et la chapelle.
Le puits que l'on voit aujourd'hui au milieu de la pelouse était déjà décrit en 1761.
Charles Toullier aurait aussi fait construire les deux portes d'entrée surmontées d'un triangle.




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