✍ Mahlon - La famille de Pascal Lucas



Chapitre 2
La famille de Pascal Lucas

Pascal-Marie Lucas et son épouse née Marie-Louise Lucas étaient issus de deux famille Lucas différentes vivant dans la paroisse de Bangor, sur Belle-Isle. Ils étaient nés et avaient grandi au village de Kernest, à 800 mètres à l'Ouest de l'église paroissiale de Bangor. Ce « village » n'était en fait constitué que d'une rangée de maisons accolées, dans le style breton. A ce jour, seules une maison ou deux ont été ajoutées.

Pascal et Marie-Louise Lucas

Pascal et Marie-Louise se sont mariés à Bangor le 9 novembre 1830. Le certificat de mariage les liste tous deux comme cultivateurs. Ils s'installèrent à Kernest. Il est probable que la nouvelle famille fut logée par une extension de la rangée de maisons. Selon la tradition, Pascal aurait habité la dernière maison de la rangée, celle avec une soupente qui permettrait de loger une future famille nombreuse. La maison est toujours debout, bien qu’elle ait été modernisée pour servir de résidence de vacances, sans toutefois avoir perdu l’essentiel de son style breton.

  1. Pascal et Marie-Louise ont eu 9 enfants, tous nés à Kernest :
  2. Anne Marie Lucas, née le 1er novembre 1831
  3. François Augustin Victor Lucas, né le 10 juillet 1834
  4. Marie Anne Lucas née le 18 septembre 1836
  5. Jean-Marie Émile Lucas, né le16 janvier 1839
  6. Victor Jean Louis Lucas, né le17 juillet 1841
  7. Marie Clémentine Lucas, née le 20 janvier 1844, décédée le 22 février 1845
  8. Jean Marie Augustin Lucas, né le 11 mai 1846
  9. Eugène Albert Prosper Lucas, né le 23 mai 1848
  10. Louise Philomèna Lucas, née le 22 avril 1851

À l’exception de Marie Clémentine, tous ont survécu pour faire le voyage vers les États-Unis.

La famille était propriétaire d’une ferme et l'exploitait pur les récolte et l’élevage du bétail. La terre était rocailleuse et balayée par le vent, mais avec une organisation minimale, permettait de vivre modestement au prix d’un dur labeur.

Les hommes et les femmes de Belle-Isle ne rechignaient pas au dur travail. Les principales activités de l'île au XIXe siècle, étaient la pêche et l'agriculture, et de nombreuses familles combinaient ces occupations. Aujourd’hui, 130 années après le départ de la famille Lucas, l’industrie touristique estivale domine l’économie de l’île, bien que des activités de pêche et d’agriculture subsistent encore.

Dans les années 1850, l’époque était trouble et les nuages qui devraient apporter la guerre quelques années plus tard menaçaient déjà à l'horizon. Les fils de la famille auraient bientôt à faire face à la conscription dans les armées françaises, pour une cause que ces indépendants de Bretons avaient peu de cœur à défendre. En cas de guerre, Belle-Isle pourrait bien risquer l’invasion, comme souvent dans le passé. L’un dans l'autre, les perspectives n’étaient pas brillantes.

Le capitaine Augustin Lucas, frère aîné de Marie-Louise, avait émigré aux États-Unis en 1849 et en 1851, il s’était engagé dans une entreprise prometteuse de commerce de bois de construction dans le compté de Preston, en Virginie Occidentale. Il a dû envoyer des comptes-rendus encourageants de sa vie dans ce nouveau pays et cette promotion a sans aucun doute influencé son beau-frère.

Et puis, le capitaine Augustin fit un voyage à Belle-Isle durant l’été 1854 et persuada son beau-frère de se lancer dans cette aventure d’émigration. De toute évidence, il fallut un peu de temps pour que la famille « largue les amarres », mais les préparatifs durent commencer de suite.

L'aîné de Pascal, François, avait moins d’obligations sur l’île et il se trouvait certainement dans le collimateur des recruteurs de l’armée française. C'est pourquoi, quand le Capitaine Augustin repartit pour les États-Unis, il était accompagné de François Lucas et de Julien Alot, fiancé d’Anne-Marie, la fille aînée de Pascal.

Ils firent la traversée en partant du Havre sur le « Montaineer » - dont le nom semble être une coïncidence – et touchèrent New-York le 17 août 1854. Sur la liste des passagers, les trois hommes sont dénombrés comme suit :

La double mention de François Lucas, 19 ans, a peut-être été une erreur administrative, mais connaissant la propension du Capitaine aux « arrangements », il y eut peut-être là une intention volontaire, qui ne nous est pas évidente.

Role des passagers

Les détails de leurs déplacements à partir de New York ont disparu dans l'obscurité des événements non enregistrés, mais il semble qu’ils se rendirent d'abord au domicile du Capitaine Augustin, qui vivait alors à Cincinnati, Ohio. À cette époque, la liaison ferroviaire de la compagnie Baltimore & Ohio Railroad n'allait pas plus loin que Grafton. Aussi durent-ils passer quelque temps à explorer ces parages avec le Capitaine, qui connaissait bien le pays, en continuant par la voie fluviale jusqu'à Cincinnatti. Puis, les deux jeunes gens revinrent vers Wheeling, en Virginie Occidentale. Ils devaient être à court d'argent, parce qu’ils firent tout le chemin à pied vers Grafton, soit une centaine de miles, en portant la malle que François avait apportée de France.

Pendant ce temps-là, le reste de la famille s’activait aux préparatifs du voyage et en Octobre 1854, ils embarquent au Havre sur le Bavaria. Les voyageurs comprenaient :

Pascal-Marie Lucas 46 ans
Marie Louise Lucas 45
Anne Marie Lucas 23
Marie Anne Lucas 18
Jean-Marie Émile Lucas 15
Victor Jean Louis Lucas 13
Eugène Albert Prosper Lucas 6
Louise Philomèna Lucas 3
Élizabeth (Isabelle) Lucas 41

De toute évidence, la plus jeune sœur de Marie Louise, Isabelle, avait aussi entendu l'appel de l’aventure et décidé de partir. Le voyage pris 6 semaines, y compris la tempête mentionnée en introduction et ils touchèrent New York le 2 décembre 1854.

L’accueil à New York laissa beaucoup à désirer. On aurait pu croire que le Capitaine Augustin se serait rendu disponible pour les recevoir et leur faciliter l’arrivée, mais on n’en trouve aucune trace, pas plus que de la présence des jeunes gens. On peut imaginer les problèmes de communication de cette famille, parlant peu l’Anglais ou pas du tout, peut-être à peine le Français, et dont la langue maternelle aurait très bien pu être le Breton. Ils parvinrent à louer une charrette pour transporter leurs bagages jusqu’à la gare de la compagnie Baltimore & Ohio. Les bagages disparurent immédiatement et on le les revit jamais plus. La malle de Tante Bab fut la seule rescapée parce qu’elle avait refusé de s’en séparer et était restée assise dessus avec détermination pendant que le reste des bagages était chargé sur la charrette.

Il semble que la famille se rendit d’abord directement à Cincinnatti pour rendre visite au Capitaine Augustin et à sa famille. Il est probable que la Tante Bab y resta, parce qu'on sait qu'elle habita plusieurs années dans cette ville. Le reste de la famille se rendit à Grafton qui était alors un nœud ferroviaire en plein essor dans le Comté de Taylor.


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